Carrefour profite des déboires du kényan Nakumatt

Dans un magasin Nakumatt, à Nairobi.

Le Nakumatt de Lavington, un quartier huppé de Nairobi, a pour l’instant échappé à la fermeture. Mais ses rayons désertés par les consommateurs, malgré l’heure de pointe, témoignent de l’ampleur de la crise que traverse cette enseigne jusqu’ici emblématique de l’économie kényane, la première d’Afrique de l’Est. Les bacs à légumes vides, hormis quelques oignons en fin de stock, les produits frais inexistants, la boulangerie et le traiteur fermés n’attirent plus grand monde, laissant l’armée de magasiniers et de caissiers quelque peu désemparée. L’ambiance est radicalement différente au Chandarana, une autre enseigne locale située juste en face : les chariots s’y entrechoquent dans les allées étroites et les files d’attente s’y allongent inlassablement.

« Assez grands, les hypermarchés Nakumatt représentaient jusqu’ici un quart des sites de grande distribution mais près de la moitié de la surface de vente à Nairobi, souligne Julien Garcier, fondateur du cabinet d’études de marché Sagaci Research, installé au Kenya. Etant donné que leur chiffre d’affaires s’est reporté sur les autres enseignes, cela représente pour elles un doublement de leurs ventes. »

Depuis le début de l’année, l’« éléphant », emblème qui trône à l’entrée de ses magasins, est devenu un colosse aux pieds d’argile. Les déboires financiers de Nakumatt, un des premiers groupes privés du Kenya, laissent peu d’espoir à une sortie de crise : il doit à ses fournisseurs et autres créanciers environ 50 milliards de shillings kényans (410 millions d’euros), soit l’équivalent de son chiffre d’affaires annuel. Selon la presse kényane, certains de ses 7 000 employés ont démissionné ces dernières semaines, échaudés par des retards de salaire et paniqués par la menace d’une liquidation. Si le groupe ne s’est pas encore officiellement déclaré en faillite, il a d’ores et déjà fermé plusieurs magasins dans la capitale – d’autres devraient suivre –, tandis que ses sites…