On a vu Hatem Ben Arfa jouer au football

Dans la semaine, Mohamed est responsable camionnage chez Geodis. Mais le week-end, c’est un autre poste qu’il occupe pour défendre les couleurs de la société spécialisée dans la logistique et le transport routier : celui de milieu de terrain. Et ce mercredi soir, c’est son équipe qui a été choisie pour affronter les vieilles gloires du Variétés Club de France au stade Léo-Lagrange de Poissy, à l’occasion d’une rencontre destinée à récolter des fonds pour les associations « + de vie » – présidée par Bernadette Chirac – et « URMA » (Unité de recherche sur les mouvements anormaux de l’enfant) – parrainée par Laurent Blanc. La cause est noble, mais à quelques minutes du coup d’envoi, si Mohamed interrompt son échauffement, c’est pour évoquer la principale attraction de la soirée : la présence exceptionnelle du Parisien Hatem Ben Arfa dans les rangs du VFC. « On a appris hier après-midi qu’il allait jouer. Au début, on pensait que c’était de l’intox, puis on a vu dans les médias que c’était officiel. Mais ce n’est devenu une réalité qu’il y a une heure, en découvrant la feuille de match. » Sur le document officiel, l’ancien Niçois figure en effet en bonne place, bien calé entre Fred Piquionne et Claude Puel. Le casting est prestigieux, mais pas assez pour perturber le joueur de Geodis. « Cela fait super plaisir, mais l’objectif reste de mettre une dérouillée au Variétés. Et puis le joueur qui me fait le plus peur reste Steve Savidan. Devant le but, c’est un tueur. »

Plus d’une heure avant le début de la rencontre, prévu à 19h00, c’est dans des effluves de frites et de merguez que les sociétaires du Variétés débarquent au compte-goutte dans le 78 pour reconnaitre la pelouse où évolue habituellement l’AS Poissy. Jacques Vendroux, son manager général, plaisante avec Fabien Barthez, Laurent Blanc et Christian Karembeu, venu d’Athènes pour l’occasion. « Pour les associations, bien sûr, mais aussi pour les potes. Avec le Variétés, peu importe le poste que j’occupe, c’est du football total » , déroule le conseiller du président de l’Olympiakos dans un discours convenu, avant de s’interrompre pour saluer l’arrivée de Didier Deschamps. Et le Kanak de s’emballer en lançant des « Bravo Didier ! » , tout en frappant dans ses mains pour saluer la qualification des Bleus la veille, pendant que Steve Savidan écrase une dernière clope. L’ambiance est chaleureuse, elle va devenir bouillante avec l’apparition de la star du jour.


En jean gris savamment troué et petit pull cintré, l’attaquant devenu indésirable au Paris Saint-Germain pénètre sur la pelouse suivi d’une nuée de journalistes. De RMC à L’Équipe, en passant par nous, les radio locales et les blogueurs, tout le monde veut son morceau d’Hatem. Sous le regard ravi de Karl Olive, maire de Poissy et milieu de terrain du Variétés depuis 2002, Ben Arfa prend d’abord soin de serrer les mains de ses coéquipiers d’un soir. La vanne que lui envoie Didier Deschamps est couverte par la sono qui crache du Sean Paul à fond, mais les éclats de rire des deux hommes sont sincères. Le joueur de trente ans satisfait ensuite à toutes les demandes de selfies avec le sourire, avant d’enfin donner un peu de biscuit aux micros et objectifs qui se braquent vers lui. « Cela fait plaisir de retrouver les sensations, de jouer avec d’anciens grands joueurs. Et puis dans le vestiaire, il y a vraiment une bonne ambiance. Je vais passer un bon moment, et je remercie Jacques Vendroux de m’avoir invité » , récite la guest star en prenant soin de faire sourire l’assistance en précisant que « si c’est un match officiel, alors c’est mon premier de la saison. Cela me fait plaisir de retrouver Didier Deschamps, Laurent Blanc, Claude Puel et tous les autres. Maintenant, on va prendre un peu de plaisir sur le terrain » . Et de conclure en se pliant aux formules de politesse d’usage : « C’est la cause qui fait plaisir, et je remercie aussi le PSG de m’avoir laissé l’opportunité de venir ici. » Ce plaisir, érigé en mot d’ordre de la soirée, Hatem va en prendre autant qu’il va en donner.

Free Ben Arfa

Il est 19h20, lorsque les joueurs des deux équipes sortent du vestiaire, précédés par Bernadette Chirac et sa fille, Claude. Le protocole a pris du retard, mais dans les tribunes pleines à craquer de Léo-Lagrange, personne ne se plaint. On est bien, à Poissy. Claude Puel ouvre la marche, brassard de capitaine autour du biceps. Laurent Blanc se signe en entrant sur le terrain, Fabien Barthez a gardé sa tenue de ville, et Hatem Ben Arfa porte le numéro 9. Cette partie, il la jouera en pointe, au côté de Fred Piquionne, avec Alain Giresse en soutien. Le milieu de terrain est constitué de Didier Deschamps, Sonny Anderson et Claude Puel, tandis qu’en défense, Bruno Cheyrou et Laurent Blanc formeront une charnière bordée par Christian Karembeu à droite et Florent Malouda à gauche. Pas mal. À 19h30, Fabien Onteniente peut donner le coup d’envoi.

Dès les premières minutes, Ben Arfa montre que ses jambes sont toujours aussi habiles. Il sert tour à tour Puel qui se manque, puis Piquionne qui voit son coup de casque passer à côté du but des Geodis. Derrière la main-courante, les « Ooooh » d’admiration résonnent à chaque coup de rein du joueur du PSG, surtout lorsque ce dernier laisse un adversaire au sol après une énième feinte. « Il est meilleur que Lucas ! » , lance un jeune à son pote qui ne peut qu’acquiescer. Son nom est scandé dans les tribunes, où apparait également un maillot parisien floqué « Free Ben Arfa » . À la demi-heure de jeu, c’est au tour de Giresse, pourtant impeccable techniquement malgré ses 65 ans, de buter sur le gardien adverse après un nouveau caviar de « HBA » . La délivrance intervient quelques minutes plus tard, lorsque l’idole talonne pour Malouda, qui ouvre le score du bout du pied. Dominique Grimault, qui officie comme speaker, célèbre autant le buteur que le passeur, avant de balancer la musique du générique de Téléfoot. Dans la foulée, les Geodis égalisent juste avant la pause. Re-générique de Téléfoot, la ferveur en moins. Derrière le but de l’équipe corpo, les jeunes spectateurs planifient une migration. « En deuxième mi-temps, il faudra qu’on change de côté, sinon on ne verra plus les actions de Ben Arfa. » Cela ne servira à rien. Les trois coups de sifflet annonçant la pause marquent également la fin de la prestation du Parisien, qui sera remplacé par Savidan.

Basket signée, Savidan claqué

« Quand j’ai pris contact avec lui, je le connaissais déjà très bien. Il m’a donné son accord, puis j’ai appelé le Paris-Saint-Germain, qui m’a également donné son accord, ainsi que son avocat. C’est une affaire qui est très claire. Hatem est un ami. » Jacques Vendroux

« C’est en accord avec le PSG s’il n’a joué qu’une mi-temps, explique Jacques Vendroux, grâce à qui Hatem Ben Arfa a passé son mercredi soir à Poissy. Quand j’ai pris contact avec lui, je le connaissais déjà très bien. Il m’a donné son accord, puis j’ai appelé le Paris-Saint-Germain, qui m’a également donné son accord, ainsi que son avocat. C’est une affaire qui est très claire. Hatem est un ami. » Mais c’est bien à sa sortie qu’Hatem Ben Arfa va livrer son match le plus compliqué de la soirée : parvenir à sortir du stade sans déclencher d’émeute. Raté. Sur les conseils du service de sécurité, le joueur décide de passer par la piste d’athlétisme longeant le terrain pour parcourir la cinquantaine de mètres qui le sépare de son véhicule. Instantanément, une nuée d’enfants descend des tribunes et se jette sur les grilles qui bordent la piste, telles des abeilles sur un pot de miel. Chacun réclame son selfie, ou son autographe, et peu importe où il est apposé. Hatem ne rechigne pas à les satisfaire, bien que son garde du corps soit totalement débordé. Certains n’hésitent pas à ôter leurs vêtement et à les lui lancer pour qu’il les signe. C’est le cas d’Habib, dont la basket droite taille 35 est désormais customisée. « Hatem, c’est le meilleur joueur du monde ! Il est ailier, comme moi, s’envole le bambin, ivre de bonheur. Mes chaussures, je ne vais plus jamais les nettoyer, mais je vais continuer à les porter. Et si la signature de Ben Arfa s’efface, je vais pleurer, c’est sûr. » Pendant ce temps-là, sur le terrain, le score ne bouge plus et Steve Savidan se claque au bout de dix minutes de jeu. Mohamed peut enfin souffler.

par Mathias Edwards, avec Jérémie Baron