RDC : l’ONU « s’inquiète » des violences et de l’incertitude politique

Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, à Pretoria, en Afrique du Sud, en juin 2017.Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo, à Pretoria, en Afrique du Sud, en juin 2017.Crédits : PHILL MAGAKOE/AFP

« La violence doit cesser » en République démocratique du Congo (RDC), a affirmé, mercredi 11 octobre, devant le Conseil de sécurité l’envoyé spécial de l’ONU dans ce pays, Maman Sidikou, en déplorant le « contexte d’incertitude politique » qui y prévaut. « Les incidents violents se poursuivent dans la région du Kasaï [centre]. La violence doit cesser et ses auteurs tenus responsables », a précisé l’envoyé spécial de l’ONU pour la RDC, lors d’une réunion publique du Conseil de sécurité des Nations unies suivie de consultations à huis clos.

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Lors de ces discussions, les quinze membres du Conseil ont exprimé leur « inquiétude (…) face à la situation politique, sécuritaire et humanitaire actuelle en RDC », a déclaré à leur issue à la presse son président en exercice, l’ambassadeur français François Delattre. « Le Conseil attend une publication rapide du calendrier électoral et la mise en œuvre de mesures de décrispation », a-t-il ajouté.

Une impasse constitutionnelle

L’accord politique de décembre 2016 est « la seule voie viable pour créer les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et apaisées en République démocratique du Congo », a aussi souligné Maman Sidikou. « A l’heure actuelle, la publication d’un calendrier électoral réaliste, l’établissement d’un budget pour la tenue des élections, la mise en œuvre de mesures de décrispation et la garantie du respect des lois et libertés fondamentales sont les principales conditions à remplir pour faire avancer le processus politique », a-t-il précisé.

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En vertu de l’accord de décembre 2016, la RDC était tenue d’organiser des élections présidentielle, législatives, provinciales et locales avant fin décembre 2017.

Géant d’Afrique centrale (2,3 millions de km2, au moins 70 millions d’habitants, neuf frontières), la RDC se trouve dans une impasse constitutionnelle liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà de la fin de son deuxième mandat qui a expiré le 19 décembre 2016. La Constitution de 2006 ne lui permet pas de se représenter.

Des casques bleus de la Monusco en patrouille dans Kinshasa, en décembre 2016.Des casques bleus de la Monusco en patrouille dans Kinshasa, en décembre 2016. Crédits : Thomas Mukoya / REUTERS

Le gouvernement congolais assure régulièrement de son engagement à tenir des élections et a encore dit mercredi devant le Conseil de sécurité, comme il l’avait déjà affirmé en septembre, que « le calendrier électoral sera publié incessamment ».

Quelque 18 000 casques bleus

Selon des sources onusiennes, l’échéance de fin décembre 2017 ne sera pas tenue et les autorités congolaises devraient avancer des difficultés matérielles et la nécessité de prendre du temps pour assurer des élections crédibles afin de justifier le report des scrutins qui sera annoncé.

Dans un rapport spécial intitulé « Revue stratégique de la mission de l’ONU en RDC », signé du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, et publié mercredi, les Nations unies semblent déjà confirmer ce report. « La majorité des interlocuteurs consultés reconnaissent que le calendrier des élections fixé dans l’accord du 31 décembre [2016] ne sera pas respecté », est-il écrit dans ce document.

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La force de casques bleus Monusco de l’ONU, la plus importante opération de paix des Nations unies menée avec quelque 18 000 hommes, a revu son implantation en RDC pour tenir compte notamment d’une diminution de près de 9 % de son budget intervenue en juin sous l’impulsion des Etats-Unis.

Près de 1 700 casques bleus vont quitter prochainement le pays et la Monusco est en train d’expérimenter une « stratégie de protection par projection » afin d’avoir « une plus grande flexibilité dans sa mission de protection des civils », a indiqué mercredi Maman Sidikou.

L’objectif à terme est de disposer « de bataillons de déploiement rapide » au lieu d’unités statiques, selon des sources diplomatiques. Pour toutes les opérations de paix de l’ONU, il faut gagner « en flexibilité, mobilité, rapidité, proactivité », résume l’une d’entre elles.