« Tonsser est le réseau social des joueurs amateurs »

Qu’est-ce que Tonsser ?
C’est un mot danois qui qualifie un joueur, pas forcément le plus technique, mais qui ne lâche jamais rien, un battant. C’est même devenu un mot de vocabulaire courant.

Un Tonsser français ?
Matuidi.

Explique-nous le concept.
À l’origine, Tonsser a été créé par deux joueurs amateurs. Ils se sont rendu compte qu’il était fait beaucoup pour le football professionnel, mais quasiment rien pour les amateurs. L’application est un réseau social créé essentiellement pour les jeunes.

« Le joueur peut avoir un suivi de carrière. D’année en année, il peut changer de club, de division et comme un pro, il possède une fiche. »

Ils se créent un profil, y retrouvent leur club. L’application connaît le calendrier de la saison et lorsqu’une équipe en rencontre une autre, l’utilisateur peut à la fin du match y rentrer les statistiques, indiquer s’il a marqué un but ou délivré des passes décisives. L’application lui décerne aussi une note et il a la possibilité de voter pour les trois joueurs de son équipe qu’il considère comme « hommes du match » . Il y a une médaille d’or, une d’argent et une de bronze. Les données sont croisées pour qu’il y ait le moins de triche possible. La fonction de base de Tonsser est de créer des data, des statistiques pour le football amateur. Le joueur peut avoir un suivi de carrière. D’année en année, il peut changer de club, de division et comme un pro, il possède une fiche. Il y a aussi une fonctionnalité de réseau social. Il peut poster le contenu de ses entraînements, une photo de son stade. L’idée est d’avoir tout l’écosystème du foot.

Comment éviter la triche lorsque qu’un joueur rentre un résultat ?
Lorsque quatre joueurs ou plus d’une même équipe envoient des données, il a été remarqué que la fiabilité du résultat est au-dessus de 90%. L’algorithme donne une note aux joueurs, et si ces derniers ne donnent pas le même résultat, l’algorithme le signale et nous fait remonter l’info. À ce moment-là, on croise la donnée avec le résultat officiel qui est annoncé par l’administration du club.

Noter un joueur reste assez subjectif.
On a fait une mise à jour cet été. Quand tu crées ta fiche, tu sélectionnes trois qualités que tu estimes avoir. Il y a une cinquantaine de possibilités. Comme LinkedIn, tu as désormais la possibilité de recommander les compétences des autres joueurs. L’objectif de Tonsser n’est pas d’évaluer de manière sûre et certaine le niveau d’un footballeur, mais d’aider des jeunes à percer en leur offrant plus de visibilité via un outil que le monde amateur ne possédait pas. Mais de toute façon, il n’y a pas de fumée sans feu. Cela peut faire gagner énormément de temps aux recruteurs. Ils peuvent regarder le classement des joueurs, savoir quel est son meilleur pied et ses compétences. C’est déjà pas mal.
Ne risque-t-on pas de voir certaines dérives à la LinkedIn ? Les potes te recommandent, tu peux créer des faux comptes…
La note qui compte vraiment est celle attribuée par l’algorithme à l’issue des matchs. Elle n’est pas influencée par les compétences. À la fin de chaque semaine, l’application prend les meilleurs joueurs de ta ligue et fait une équipe type. Cette équipe est calculée sur la note du joueur au cours du match. Les moins populaires peuvent quand même se retrouver dans l’équipe de la semaine, du mois, voire de l’année.

Tonsser, c’est pour le foot amateur ou un tremplin pour passer dans le monde pro ? Difficile d’imaginer un entre-deux.
C’est pourtant les deux à la fois. Pour le joueur qui désire progresser et passer pro, l’objectif est d’avoir de la visibilité et mettre en avant ses performances.

Ils veulent tous devenir pros…
À partir de 15 ans, ils savent s’ils ont le niveau ou pas. Les futurs pros sont déjà dans les endroits où il faut être.

Beaucoup rêvent tout de même d’un destin à la Ribéry.
Oui, beaucoup de joueurs nous font mentir et c’est pour ces joueurs-là que Tonsser existe aussi. Mais l’objectif n’est pas uniquement de passer pro. Beaucoup veulent simplement progresser pour aller dans un meilleur club. Les clubs amateurs peuvent aussi se renforcer. À terme, cet outil va créer beaucoup de transparence et on est convaincus que ça va aider les joueurs à se développer. On est en train de créer des partenariats avec les clubs amateurs, ce sont eux qui nourrissent le football professionnel.

Mais est-ce que ça ne favorise pas les riches avant tout ?
C’est clairement un outil qui, lorsqu’il sera totalement développé, aidera les clubs pros à dénicher des talents, mais il aidera aussi les équipes intermédiaires.

« Beaucoup de seniors ne veulent pas devenir pros, et Tonsser est un outil génial pour eux. Ils pourront voir que, durant leur carrière, ils ont gagné 7-0 et qu’untel avait inscrit un triplé. »

Le but, c’est que la personne qui a le talent puisse accéder à son rêve. On a bâti un outil qui est complètement gratuit pour les clubs. On passe un contrat de partenariat avec certains clubs qui, en échange, mettent tous leurs joueurs sur l’application. Le club a sa propre page et peut naviguer en mettant en avant certains critères : l’âge, les buts, les notes… Un club comme l’OL a énormément de data, mais ce n’est pas le cas des équipes amateurs. Du coup, elles peuvent voir la progression de leurs joueurs saison après saison. Aujourd’hui, il y a un peu plus de 2 millions de licenciés à la Fédération française de football, dont beaucoup de seniors qui ne veulent pas devenir pros, et Tonsser est un outil génial pour eux. Ils pourront voir que, durant leur carrière, ils ont gagné 7-0 et qu’untel avait inscrit un triplé.
Pour reprendre l’exemple de LinkedIn, on peut quand même imaginer un jour une scission entre professionnels et amateurs.
Dans deux ans, Tonsser a l’idée de bâtir une expérience pro pour les clubs et les joueurs. Cela passera par des fonctionnalités poussées qui donneront plus d’informations sur les joueurs. On doit pouvoir répondre aux attentes d’un joueur qui veut devenir pro.

Cela ne dénature pas votre concept ? Certains seront plus en vue que d’autres. Lutter pour l’égalité, c’est l’idée de Tonsser.
On ne sait pas combien ça va coûter, mais pour l’instant, on parle d’un euro par mois. L’idée est que cela ne soit pas prohibitif. L’objectif n’est pas qu’une personne soit plus mise en avant qu’une autre. On veut juste permettre au joueur d’avoir un profil plus complet.

À terme, n’allez-vous pas remplacer les superviseurs ?
Peut-être, mais cela peut être aussi un outil pour la cellule de recrutement qui lui permet d’être plus précise, plus efficace et pouvoir ainsi scooter plus de monde. Je ne pense pas que tous les clubs pros s’en serviront, mais là où on est intéressant pour eux, c’est qu’ils sont en lien avec des clubs généralement amateurs, qui leurs servent un peu d’Académie. On peut être utile aussi pour ces petits clubs.

Comment gagnez-vous de l’argent ?
Pour l’instant, on n’en gagne pas. L’objectif au début n’est pas de monétiser, mais de se dire : « Ce projet a énormément de potentiel, on peut monétiser dans quatre ou cinq ans. » En attendant, on doit investir de l’argent pour se développer. Mais on a plusieurs pistes de réflexion assez évidentes. L’objectif peut être d’aider un club à scooter des joueurs à l’étranger. On pourrait gagner de l’argent grâce aux recruteurs ou avec les fameux profils pros dont je vous ai parlé.

Lorsque l’argent commencera à rentrer, il y aura un vrai tournant pour Tonsser.

« On ne fera jamais rien au détriment du joueur et du football amateur. Mais on va potentiellement bosser avec de grandes marques parce que si demain, on a tous les joueurs sur Tonsser, des sociétés seront évidemment intéressées. »

Ce sont des Danois qui ont créé ça et ils sont vraiment reconnus pour leur qualité de vie. Ce sont des gens très transparents qui n’aiment pas du tout les magouilles. Ils ont créé ce produit pour apporter de la transparence et de l’égalité. On ne fera jamais rien au détriment du joueur et du football amateur. Mais on va potentiellement bosser avec de grandes marques parce que si demain, on a tous les joueurs sur Tonsser, des sociétés seront évidemment intéressées. On travaille déjà en collaboration avec Nike. Ils nous envoient des contenus d’entraînement qu’on poste sur l’application et qui ont une visée éducative. On ne dira jamais : « Achetez ces chaussures, on les retrouvera à tel prix dans le magasin du coin.  » Le jour où la monétisation se fera au détriment de nos valeurs, Tonsser perdra son âme et le marché nous mettra une grosse claque.

==> Le site de Tonsser

Propos recueillis par Flavien Bories